208 millions perdus en un an : ce que disent vraiment les comptes de l'OL
Sur l'exercice clos le 30 juin 2025, l'Olympique Lyonnais a perdu 208,6 millions d'euros. Soit environ 571 000 euros par jour, week-ends compris. L'année précédente, la perte était de 78,5 millions : elle a été multipliée par 2,7 en douze mois.
Ce chiffre a circulé partout. Ce qui a beaucoup moins circulé, c'est ce qu'il y a derrière — et pourquoi il ne s'agit pas d'un accident de parcours.
C'est la part des recettes absorbée par la seule masse salariale. 155,6 millions encaissés, 160,0 millions de salaires et charges.
Le chiffre qui résume tout
Tout ce que le club encaisse en billetterie, droits TV, sponsoring et boutique ne suffit pas à payer ses salaires. Il reste ensuite 240 millions de dépenses à financer — le stade, l'organisation des matchs, les agents, l'amortissement des transferts, les intérêts de la dette. Tout cela est payé par les ventes de joueurs et par l'argent des actionnaires.
D'où vient l'argent
Les droits TV du championnat se sont effondrés : 22,7 millions contre 43,5 un an plus tôt, soit −48 %. C'est la facture directe de la crise des droits télévisés de la Ligue 1.
L'Europe a presque exactement compensé. La campagne européenne a rapporté 22,9 millions de droits UEFA, plus 7,7 millions de billetterie sur ces matchs — le club n'était pas qualifié la saison précédente. Autrement dit : le retour en coupe d'Europe a rapporté à peu près ce que la Ligue 1 a fait perdre.
La billetterie tient. 20,2 millions d'abonnements et 13,2 millions de recettes aux matchs de championnat, en hausse. C'est le seul poste que le club maîtrise vraiment, et il ne faiblit pas.
Pourquoi la perte a presque triplé
Quatre chocs la même année. Une subvention d'exploitation de 50,7 millions disparaît — il n'en reste que 0,1. Les amortissements doublent, de 41,2 à 82,2 millions. La masse salariale grimpe de 127,1 à 160,0 millions. Et les droits TV du championnat tombent de 43,5 à 22,7.
En face, deux bonnes nouvelles seulement : 27,2 millions d'économies de fonctionnement et 22,9 millions de recettes européennes. Elles n'ont pas suffi, et de loin.
Le club a perdu ses béquilles au moment exact où ses coûts de joueurs explosaient.
Une dette de 978 millions
Soit plus de six années de recettes. Trois points :
| Poste | Montant |
|---|---|
| Emprunts bancaires | 389 M€ |
| Autres dettes | 178 M€ |
| Avances du groupe | 143 M€ |
| Dettes envers d'autres clubs | 128 M€ |
| Fournisseurs | 93 M€ |
| Impôts et charges sociales | 47 M€ |
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Les 128 millions dus à d'autres clubs au titre de transferts déjà réalisés constituent le poste qui a le plus augmenté : +42 millions en un an. Les dettes fiscales et sociales sont passées de 32,8 à 47,3 millions, dont 10,7 millions dus à l'URSSAF — le double de l'année précédente. En face de ces 978 millions : 27,4 millions de trésorerie.
Les intérêts de cette dette coûtent 48,1 millions par an, soit environ 132 000 euros par jour. L'équivalent de toutes les recettes européennes plus la moitié de la billetterie.
Le sauvetage, et son astérisque
Le capital social est passé de 93,5 à 513,5 millions d'euros. Les capitaux propres, négatifs de −162,6 millions, repassent ainsi à +48,9 millions. C'est le seul vrai point positif du bilan.
Mais il vient avec une réserve importante : sur cet argent, 274 millions n'étaient pas encore versés au 30 juin 2025. Ils figurent à l'actif comme une promesse. En ne comptant que l'argent réellement encaissé, les capitaux propres restent négatifs d'environ −225 millions. Les pertes accumulées atteignent désormais −667 millions.
Ce sont ces comptes qui ont conduit la DNCG à rétrograder administrativement l'OL en Ligue 2 en juin 2025. La commission fédérale d'appel a infirmé cette décision le 9 juillet 2025 : le club reste en Ligue 1, mais sous encadrement de sa masse salariale et de ses indemnités de mutation pour 2025-2026 — ce qui plafonne aussi ses achats.
Ce qu'il faut retenir
Le modèle ne tient pas tout seul. Les recettes ne couvrent pas les salaires. Chaque saison, l'équilibre dépend des ventes de joueurs — près de 120 millions d'indemnités sur cet exercice — et de l'argent des actionnaires.
La dette est structurelle, en grande partie liée au stade, et son coût annuel est du même ordre que les recettes européennes.
La recapitalisation a sauvé le club, pas encore le modèle. Tant que salaires et amortissements dépassent les recettes, il faudra vendre chaque été.
Source primaire : comptes annuels de la société Olympique Lyonnais arrêtés au 30 juin 2025 — bilan, compte de résultat et détail des comptes.
Décision d'appel : commission fédérale d'appel de la DNCG, réunion du 9 juillet 2025, publiée par la FFF.
Calculs StatArena : ratios, moyennes journalières et écarts d'une saison à l'autre. Dans le graphique des écarts, la flèche donne le sens du poste et la couleur son effet sur le résultat. Les sept postes retenus expliquent 108,5 des 130,1 millions de dégradation ; le reste vient de mouvements plus petits.
Limite assumée : il s'agit des comptes sociaux de la seule société Olympique Lyonnais, qui ne sont pas identiques aux comptes consolidés du groupe. Les montants sont arrondis au dixième de million.
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